En France, la rentrée de septembre 2026 a réuni 11,6 millions d’élèves. Le cartable, la liste de fournitures, le nom de la maîtresse affiché sur la porte. Une routine si installée qu’on en oublie l’essentiel : à l’échelle du monde, des millions d’enfants en sont encore privés.
Ailleurs, la rentrée n’a pas eu lieu. Pas parce que personne n’y a pensé, mais parce que l’école a été détruite, occupée, ou parce que la famille a dû partir en trois heures. Une question très concrète se pose alors sur le terrain : comment fait-on classe quand il n’y a plus de classe ?
L’éducation en zone de crise est pourtant une discipline à part entière : documentée, outillée, et assez éloignée de ce qu’on imagine. Cet article explique combien d’enfants sont concernés et pourquoi leur scolarité s’interrompt. Puis par quels moyens l’apprentissage reprend malgré tout, et ce qu’un soutien y change concrètement.
Des millions d’enfants sans salle de classe
Le nombre d’enfants, d’adolescents et de jeunes non scolarisés dans le monde a atteint 273 millions, en hausse pour la septième année consécutive. Cela représente environ un jeune sur six en âge d’être scolarisé.
Source : Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2026.
Ce total est d’ailleurs prudent : il laisse de côté environ 13 millions d’enfants vivant dans des pays en conflit, faute de données fiables. Là où la situation est la plus grave, on ne compte même plus.
Les crises expliquent une part considérable de ce recul. L’éducation de 258 millions d’enfants et d’adolescents est aujourd’hui perturbée par une crise, dans 87 pays. Le chiffre a augmenté de 21 millions en dix-huit mois. Parmi eux, 93 millions ne vont pas à l’école du tout.
Source : rapport « Breaking Barriers », fonds des Nations unies consacré à l’éducation dans les situations d’urgence, juin 2026.
Ces situations ne sont pas de courtes parenthèses. Un conflit, un déplacement de population ou une sécheresse prolongée durent souvent plus longtemps que la scolarité elle-même. Un enfant qui quitte l’école dans un pays en guerre n’est jamais sûr de pouvoir y retourner un jour.
Pourquoi la scolarité s’interrompt
Trois mécanismes reviennent presque toujours, quel que soit le pays.
Le bâtiment disparaît d’abord de l’équation. Une école peut être endommagée, réquisitionnée pour héberger des familles déplacées, ou occupée à des fins militaires. En 2024, les Nations unies ont vérifié 2 374 attaques contre des écoles et des hôpitaux, soit une hausse de 44 % en un an.
Source : Nations unies, rapport annuel sur les enfants et les conflits armés (données 2024).
La famille se déplace, ensuite. Un ménage qui fuit emporte des papiers, de l’eau, parfois un matelas. Le certificat de scolarité et les cahiers restent sur place. À l’arrivée, l’école la plus proche est souvent déjà saturée, parfois dans une autre langue d’enseignement. Et rien ne garantit une place à un enfant sans dossier.
Les enseignants manquent, enfin. Ils sont déplacés eux aussi, plus payés, ou ne peuvent pas rejoindre leur établissement en sécurité. Une salle debout sans adulte formé devant les élèves ne fait pas une école.
À ces causes s’ajoute un calcul familial dicté par la nécessité. Quand les revenus s’effondrent, un adolescent devient une force de travail. Et dans certains pays, une adolescente peut être mariée précocement. La scolarisation n’est pas abandonnée par indifférence : elle passe après la survie immédiate.
Ce qui permet à l’école de continuer en zone de crise

C’est le point que l’on connaît le moins bien. L’éducation en situation d’urgence n’attend pas la reconstruction des bâtiments : elle peut notamment s’appuyer sur des dispositifs temporaires et rapidement déployables.
Les espaces temporaires d’apprentissage sont la première réponse. Un abri, des nattes, un tableau, et un lieu identifié où les enfants se rendent chaque matin. Leur intérêt dépasse largement les leçons. Un enfant qui a un horaire, un groupe et un adulte de référence retrouve un cadre, au moment où tout le reste est incertain.
Quand l’école ne peut pas reprendre sur place, l’enseignement à distance s’appuie sur des canaux peu exigeants en technologie, au premier rang desquels la radio. Le choix n’est pas nostalgique : en 2025, 2,2 milliards de personnes restent hors ligne dans le monde, et 96 % d’entre elles vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. L’écart se creuse encore en zone rurale, où 58 % des habitants sont connectés contre 85 % en ville.
Source : Union internationale des télécommunications (UIT), rapport « Facts and Figures 2025 ».
Une émission quotidienne, un poste à piles partagé entre plusieurs familles et un cahier d’exercices suffisent à maintenir une progression pédagogique, là où aucun autre canal ne passe.
La formation d’enseignants communautaires prend le relais des professeurs absents. Des adultes de la communauté, parfois d’anciens élèves du secondaire, sont formés en quelques semaines à un programme simplifié, puis encadrés à distance. La vraie comparaison n’est pas avec un professeur expérimenté : c’est avec l’absence totale d’école.
Viennent enfin les moyens matériels qui lèvent les derniers obstacles :
- des kits scolaires : cahiers, cartable, de quoi écrire ;
- des manuels dans la langue d’enseignement de l’enfant ;
- un repas servi sur place, parce qu’on n’apprend pas le ventre vide ;
- des cours de rattrapage, pour ceux qui ont perdu deux ou trois années de scolarité.
Ce que votre soutien change concrètement
L’éducation reste le parent pauvre de l’aide d’urgence. Environ 3 % du financement humanitaire mondial lui est consacré. En 2024, seuls 29 % des besoins exprimés pour l’éducation dans les appels humanitaires ont été couverts.
Source : données des Nations unies sur le financement de l’aide humanitaire.
Ce déséquilibre a une explication : face à une crise, on finance d’abord l’eau, la nourriture et les soins. La logique est difficile à contester dans l’urgence des premières semaines. Elle devient coûteuse quand la crise dure dix ans.
C’est précisément là que le soutien du public pèse. Les dons du public font partie des ressources qui permettent aux organisations engagées dans ces crises de financer leurs programmes éducatifs, aux côtés des financements publics et institutionnels. Ils servent à ouvrir un espace d’apprentissage dès les premières semaines, à former des enseignants sur place, à imprimer des manuels. Et surtout à tenir dans la durée, une fois les caméras parties.
Soutenir l’éducation en zone de crise, c’est permettre à un enfant d’apprendre là où il est, sans attendre le retour de la paix.
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Questions fréquentes
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Quels sont les labels et contrôles qui garantissent la bonne gestion d’une association ? → Réponse complète dans la FAQ de la Solidarité
Les dons aux associations sont-ils déductibles des impôts ? → Réponse complète dans la FAQ de la Solidarité
Pour aller plus loin
Don, bénévolat, sensibilisation autour de vous : agir pour que la scolarité d’un enfant ne s’arrête pas avec la crise qu’il traverse peut prendre plusieurs formes. Chacun peut agir à son niveau, où qu’il se trouve. Notre guide gratuit Argent, Temps, Voix vous aide à trouver la façon d’agir qui vous correspond le mieux.